Préposé à l'entretien

Amadou Gado : Immigrant intégré qui donne au suivant

Temps de lecture : 4 minutes.

Tour à tour préposé à l’entretien ménager, déco­rateur de limou­sines et vendeur d’automobiles, Amadou Gado (qui préfère pré­server son ano­nymat) est un jeune immi­grant ori­gi­naire du Niger pour qui la ténacité, le courage et le partage ne sont pas de vains mots face à l’intégration. Installé au Canada depuis trois ans pour étudier, ce Montréalais de 24 ans a accepté de nous raconter son défi de l’intégration et son souci per­manent de tendre la main à ses « frères » immi­grants. Une démarche sal­va­trice pour nom­breux d’entre eux sou­cieux de faire bouillir la marmite.

À Montréal, les citoyens s’occupent. Certains sont den­tistes, ingé­nieurs, acteurs, jour­na­listes et d’autres, fac­teurs, chan­teurs, étu­diants, com­mer­çants, fleu­ristes ou même agents de net­toyage comme Amadou qui, durant toute la semaine, ne fait rien d’autre que de tra­vailler pour essayer de s’offrir un mode de vie légè­rement décent.

Des mil­liers de kilo­mètres le séparent depuis trois ans de son Niger natal. Le Canada, il y est venu pour continuer ses études. Mais par la force des choses il est obligé de trouver d’abord un emploi, ou plus exac­tement trois emplois pour au moins arrondir les fins de mois. Après avoir été hébergé pendant trois jours chez une connais­sance à son arrivée dans la métropole, il était impé­ratif pour lui de se parer de la débrouillardise afin d’avoir sa propre demeure. Ainsi, l’expérience de la vie cana­dienne prend le pas sur toute autre priorité. Arrivé un mois de février sous une tem­pé­rature à ne pas rigoler, cet orphelin d’une famille polygame tord car­rément le cou du -23 degrés Celsius qui prévaut dans la métropole et qui semble lui barrer chemin. Après maintes recherches d’emploi, il se recro­que­ville dans une manu­facture de la place.

Si le réa­lisme de ce jeune garçon se fait tout de suite sentir, il n’en demeure pas moins qu’il reste incom­pa­rable à cer­tains nou­veaux arri­vants pour qui la chose la plus redou­table de tous les temps reste « l’hiver canadien » comme ils appellent.

« Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes personnes »

Pour la pre­mière fois de sa vie, Amadou va tra­vailler. Pas dans un bureau quatre étoiles mais dans une manu­facture. Il n’aime pas ce qu’il fait. Néanmoins, il est loin d’abandonner malgré l’ambiance lourde du travail à exé­cuter. Le jeune homme est obsédé par la capacité de s’en sortir tout seul. Dans cette place, des tra­vailleurs, des immi­grants, des pères de familles en grand nombre, récol­taient faci­lement 203035 ans de travail à la manu­facture, trans­pirant la sueur du désespoir, celle de l’obligation de résultat et de survie. Résistant pour cer­tains, et retournant dans leur continent pour d’autres. Découragé de voir ces per­sonnes, qui avaient enterré leurs rêves et leurs diplômes pour nourrir leurs familles, le jeune garçon de 24 ans démis­sionne par pru­dence et reven­dique le droit de pouvoir faire autre chose, d’où le début d’une escapade dans l’entretien ménager.

C’est une véri­table machine à bosser. À lui tout seul et pendant toute la semaine, il fait du net­toyage dans les bureaux admi­nis­tratifs, aide pour la déco­ration des limou­sines et pour la vente d’automobiles.

Amadou s’assume dans son ouvrage. Normalement son travail d’entretien ménager se fait loin des regards, de 17h30 à 1h du matin. Toutefois, il est tou­jours prompt à rem­placer un col­lègue à l’extérieur et il n’en éprouve aucune honte. Il y met toute son attention et tout son respect. Ça peut même être très exas­pérant de le voir toucher les mou­choirs remplis de crasse laissés par les clients. Conscient de l’a priori que des gens ont sur ces métiers, il réplique que son objectif c’est d’accomplir « sa feuille de route », de bien le faire, de gagner sa vie et de payer ses études.

L’intégration signée Amadou Gado, un tremplin pour accéder à ses rêves

Lorsqu’on lui demande c’est quoi le plus important pour lui dans la vie, on s’attend à une de ces réponses sortie de nulle part. Et bien, pour ce per­sonnage tran­quille, c’est avoir de très bons rap­ports avec les gens, la poli­tesse, la vie en famille et sub­venir à ses besoins. Est-​ce trop pour celui qui définit le mot inté­gration comme étant « la pos­si­bilité de se sentir à l’aise dans son pays d’accueil, la capacité pour l’immigré de se fami­lia­riser avec la culture, bien connaître l’environnement et trouver du travail » ? Quoiqu’il en soit, ce jeune musulman à l’apparence timide et fier par­tisan de la tolé­rance affirme s’être bien intégré parce que grâce à ses mul­tiples péri­péties et à sa témérité il connaît tous les coins et recoins pour trouver « un job ». En plus, grâce à ses rela­tions avec cer­taines agences de pla­ce­ments, il est fier de donner un coup de main à ses « frères immi­grants » qui ont du mal à trouver du travail. Au début il était payé pour ses faveurs, mais à présent il dit sou­tenir les immi­grants en raison de son attrait noble « pour aider autrui » et diminuer leurs souf­frances.

Il ne se considère pas comme un immi­grant qui a réussi, en aucun moment. Cependant, il est habité par un rêve qu’il prend patience de nourrir depuis trois longues années : rentrer aux études. Par mois, la somme de toutes ses mul­tiples acti­vités lui donnent en retour un salaire à la hauteur pour payer ses cours débutant l’hiver pro­chain à l’Université de Montréal en géo­logie, après l’obtention d’un premier diplôme en Gestion finan­cière infor­ma­tisée au Collège CDI à Montréal.

Le fait d’arriver dans une ville mul­ti­cul­tu­relle et d’avoir des convic­tions a énor­mément facilité l’intégration de ce jeune désormais Montréalais. Aux nou­veaux arri­vants, il ne manque pas de par­tager ses expé­riences tout en leur demandant de rester debout, éveillé et de porter sans cesse un regard salu­taire et per­manent sur les raisons qui les ont poussés à sortir de leur pays d’origine.

Quelques pépites sympas sur Amadou

  • Sa couleur pré­férée : blanc.
  • Sa chanson pré­férée : Je suis seul au monde (Corneille).
  • Ses raisons d’aimer le Canada : la langue fran­çaise qui pré­domine au Québec, Montréal mul­ti­cul­tu­relle.
  • Son plat : Les bou­lettes de viande accom­pa­gnées de légumes.
  • Sa boisson : le jus d’orange.
  • Sa citation pré­férée : « Être plongeur dans un res­taurant n’a rien d’humiliant. Vos grands-​parents uti­li­saient un terme dif­férent pour décrire ce genre de boulot, ils appe­laient cela s’ouvrir des portes » Bill Gates.

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Publié par

Christelle De Bougha

Journaliste intervieweuse et rédactrice amoureuse des histoires humaines et de leur esthétique. Drôle de mots pour dire qu’avec mes yeux, ma bouche, mes oreilles et ma plume, je raconte des vies de personnes passionnantes comme sources d’inspiration pour certains.

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