Photo d'André Blondel Tonleu Mendou

André Blondel Tonleu Mendou : de l’Afrique jusqu’aux portes du Barreau du Québec

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On aurait tort de se priver d’embrasser le por­trait de André Blondel Tonleu Mendou. Dans la ving­taine bien tapante, il était destiné à séjourner au Barreau du Québec. À lui seul, il reflète l’art du débat démo­cra­tique non par­tisan et un plai­doyer extra­or­di­naire pour le triomphe et le respect de la justice partout dans le monde. Ayant plaidé la cause de Louis Riel – le leader de la cause métisse au Manitoba entre autres – ce fina­liste du cham­pionnat du monde de débat ora­toire fran­co­phone ne cache pas être socia­lement engagé sur des causes juri­diques, sociales et huma­ni­taires. D’origine came­rou­naise, il est l’un de ces jeunes immi­grants qui marquent les esprits grâce à leur forte capacité d’intégration et leur passion pour ce qu’ils font.

Aux yeux du monde, André Blondel fait tout dou­cement sa propre tanière dans l’espace incroyable de l’avocature. Son his­toire a com­mencé comme celle de ceux qui réa­lisent leur rêve d’enfant. En ce qui le concerne, le sien était de devenir avocat de droit inter­na­tional et de plaider pour les grandes causes. Si cet amour pour l’engagement et le sens des res­pon­sa­bi­lités est présent chez ce jeune homme, c’est notamment à cause de ses par­cours pri­maire et col­légien qui four­millent d’expériences sym­bo­liques pré­coces. À l’école pri­maire catho­lique de Dschang, il est membre de l’alliance Franco-​Camerounaise, par­ti­cipant au cham­pionnat national de poésie et d’un concours intitulé « Le petit génie » qui visait à tester les connais­sances sur l’actualité inter­na­tionale.

Au collège Notre-​Dame de l’Immaculée Conception cependant, il déploie ses ailes en devenant membre du club Justice et Paix. Durant tout son collège, il occupe en majeur partie les postes de rédacteur en chef et pré­sident du club Journal. Par la suite, il obtiendra non seulement un diplôme d’études uni­ver­si­taires géné­rales en droit pour le premier cycle,  mais aussi une licence dans le même domaine d’études. C’est alors là que ce per­sonnage est véri­ta­blement porté par la volonté de par­faire sa passion en allant vers d’autres cieux.

Le découragement ? André Blondel connait pas

L’on imagine faci­lement qu’à son arrivée au Québec à la fin de l’année 2011, rien n’est gagné coté climat. Il fait -15 degrés pour celui qui a grandi sous les tro­piques. De plus, un autre facteur tente de le décou­rager : comme tant d’autres pro­fes­sionnels immi­grants : ses diplômes sont en partie reconnus sur le plan édu­catif qué­bécois. L’environnement est nouveau avec ses règles et valeurs. Il est donc question pour ce juriste de s’adapter géo­gra­phi­quement, cultu­rel­lement et de façon aca­dé­mique. Face à ce défi d’intégration, il fait le choix de rester dans sa filière et de consentir aux sacri­fices néces­saires pour atteindre ses objectifs. Du coup, il entame des études com­plé­men­taires à la Faculté de droit de l’Université de Montréal qui s’achèveront par l’obtention d’un bac­ca­lauréat en droit. Il n’est donc pas interdit de viser plus haut : le Barreau du Québec, l’une des écoles les plus pres­ti­gieuses en droit, lui ouvre grand ses portes. L’aventure y continue jusqu’à main­tenant, non sans rigueur, achar­nement, hon­nêteté et dis­crétion comme l’exige cette école.

André Blondel donnant un discours
André Blondel donnant un dis­cours lors de la finale des Championnats de de la Fédération Francophone de débat.

C’est au Palais des Congrès de Montréal que futur Maître Tonleu Mendou a accepté de se confier. Pour ce dernier, le Palais des Congrès, c’est une place des grandes confé­rences, un « haut lieu sym­bo­lique pour la société et la pra­tique démo­cra­tique dans le sens que les popu­la­tions d’origine diverses se rejoignent pour dis­cuter des sujets de société et inter­na­tionaux » affirme t- il avec assu­rance.

Le jour de notre entrevue donc, André Blondel a opté pour les tons sombres. Dans un jean, chaus­sures et bas noirs, veste noire et chemise bleue teinté de car­reaux blancs, ce diplômé de la chaire de recherche sur la démo­cratie et des ins­ti­tu­tions par­le­men­taires de L’université Laval y trouve la solennité, l’élégance, le sérieux avec une petite touche de rouge à la cravate ou au nœud papillon dépen­damment des jours. Tout cet accou­trement lui sert éga­lement non pas à chercher les poules dans la basse-​cour mais bien de trouver une cer­taine aisance dans les paroles, dans son bien-​être et dans sa déter­mi­nation. Celui que l’on sur­nomme « Orateur », « le Plaideur », chacun choi­sissant sa méta­phore, par­court le monde tout en gardant bien à l’esprit cer­tains grands noms du droit qui l’ont inspiré et qui l’inspirent encore.

Un engagement millitant fortifié par ses inspirateurs

Découragé souvent, il a gardé le poi­trail bombé et la tête haute. Selon lui, devenir avocat est une mission et non un luxe : il s’est donné de faire triompher la justice sur son chemin. Cependant, ne pas accomplir cet objectif serait trahir la cause de son enfance et s’éloigner de l’objectif d’apporter sa pierre à l’édifice social.

Dès son réveil du matin, les papilles gus­ta­tives de Blondel se délectent de la col­lection de douze livres qui touchent à tous les domaines du droit autant pendant les jours de classe que pendant ses fins de semaine. Le juriste engagé ne connaît presque pas de repos. Amateur de ren­contres sociales, il par­vient quand même à par­tager sa vie publique avec sa vie aca­dé­mique.

Allez vite com­prendre la fougue qui définit cet étu­diant ! Ses ins­pi­ra­teurs : Maître Jean-​Emmanuel Pondi, grand expert inter­na­tional et confé­rencier qui l’alluma au secon­daire ; Maître Marc Bonnant, un avocat genevois connu pour son art ora­toire et son élo­quence ; ou encore Maître Jacques Vergès de regretté mémoire qui apporta une grande valeur ajoutée à sa passion et son amour du droit ; Maître Francis Szpiner qui défendit l’empereur Bokassa 1er et qu’il a eu la chance de ren­contrer à la Finale du cham­pionnat du monde de débat en France ; Maître Didier Luel son pro­fesseur de droit ; ainsi que Maître Marc Crissette et enfin Maître Franco Fatta qui lui offrit les rudi­ments pour com­prendre comment passer de la lettre à l’esprit de la loi.

Ce jeune membre du Conseil de Montréal s’offre ici le pri­vilège d’apprendre de toutes ces grandes poin­tures du droit comme un fil d’Ariane pour par­ti­ciper à de grandes com­pé­ti­tions. À la Nelson Mandela World moot court à Genève en 2015, cet adepte des mou­ve­ments jeu­nesse rem­porte le prix du meilleur écrit des Amériques. Le cham­pionnat du monde de débat ora­toire fran­co­phone quant à lui le pro­jette au rang de fina­liste en 2014. La même année, il est fina­liste du cham­pionnat canadien de dis­cours public dans le cadre de la fédé­ration cana­dienne inter­uni­ver­si­taire de débat. Plus tôt en 2009, il a le bonheur d’être plaideur au procès simulé des droits de l’Homme initié par le Centre pour les Droits Humains de l’Université de Pretoria en Afrique du Sud. Avec l’appui du ministère des rela­tions inter­na­tio­nales, il a eu à com­pléter un pro­gramme de lutte contre les dis­cours haineux au conseil de l’Europe en par­te­nariat avec le bureau inter­na­tionale jeu­nesse. Un pro­gramme visant à pré­venir la radi­ca­li­sation et la pro­motion des droits de l’Homme, implanté à Bruxelles.

Toutes ces expé­riences sont au final une source infinie de la preuve que André Blondel exploite au maximum l’avantage d’acquérir, tout au long de son vécu, une approche juri­dique cana­dienne et qué­bé­coise imbibée de celle franco-​africaine. Si ce n’est pas une preuve d’intégration ça ? Malgré tout, à quoi tout ça ser­virait s’il ne partage pas son secret ?

L’intégration comme une valeur ajoutée

André Blondel n’a pas tou­jours baigné com­plè­tement dans l’intégration, et il n’en a pas honte puisque c’était lors de ses pre­mières sorties à peine arrivé au Québec. L’anecdote est celle du mot « Bienvenu » après avoir remercié un qué­bécois pour un ren­sei­gnement. Paniqué, il s’est demandé si toute la pro­vince savait qu’il venait d’arriver dans la métropole. Hormis ce fait sym­pa­thique, il estime que l’intégration c’est « com­prendre l’âme de la société dans laquelle l’on vit. Ce n’est pas seulement les lois parce que déjà les lois sont le reflet de ses valeurs, mais c’est aussi com­prendre la men­talité, le langage verbal et non-​verbal. Ne pas rester dans une ghet­toï­sation cultu­relle mais aller vers les autres. » En d’autres termes, le défi pour les nou­veaux arri­vants qui ne veulent pas perdre de vue leurs objectifs est d’être curieux, de s’ouvrir aux autres étrangers en raison de la multi-​culturalité notamment dans la métropole mont­réa­laise. Aussi il les exhorte de surtout rester soi-​même tout en se rap­pelant sans cesse les raisons pour les­quelles ils ont quitté leur pays d’origine. Ce futur homme de loi n’est pas sans ignorer les dif­fi­cultés envi­ron­nantes pour un nouvel arrivant à qui il pré­conise de rester ambi­tieux, per­sé­vérant, curieux en allant chercher de l’information auprès d’organismes com­pé­tents.

Avec son potentiel intel­lectuel, Blondel veut contribuer à l’amélioration du droit et de l’éthique dans les affaires surtout en Afrique son continent natal duquel il doit ses valeurs, sa force et ses défis. Le 17 sep­tembre dernier, lors du Sommet mondial pour l’aide au déve­lop­pement en Afrique, ce jeune étu­diant a même inter­pellé le premier ministre Justin Trudeau sur le mode de fonc­tion­nement des méca­nismes de contrôle et de régu­lation pour que cette aide arrive jusqu’à la société civile vu la cor­ruption qui prévaut dans cer­tains pays. La déli­ca­tesse de cette question montre combien le chan­gement dans son continent fait partie de ses soucis pre­miers.

Quelques pépites sympas sur André Blondel

  • Ses mots clés : Paix, justice, soli­darité, amour.
  • Ses lec­tures : La col­lection de 12 livres de droit, Émile Zola, Victor Hugo.
  • Sa couleur : Noir, rouge sur la cravate ou nœud papillon.
  • Ses chansons : Parce qu’on vient de loin (Corneille), Who can say where the road goes (Enya).
  • Ses raisons d’aimer le Canada : Bilingue comme le Cameroun, le français est un élément faci­li­tateur de son inté­gration, cette soli­darité de venir en aide, la position cana­dienne sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques et l’environnement.
  • Nombre d’heure de sommeil en semaine : 6 heures sans inter­ruption.
  • Son plat préféré : Le poisson braisé accom­pagné avec les frites de plantain mûr.
  • Sa boisson pré­férée : Pas de pré­fé­rence mais vin blanc à l’occasion.
  • Ses cita­tions : « À une loi injuste, nul n’est tenu d’obéir » Saint-​Augustin.
    « Ce qui se conçoit bien s’énonce clai­rement. Et les mots pour le dire arrivent aisément » Nicolas Boileau Despréaux

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Publié par

Christelle De Bougha

Journaliste intervieweuse et rédactrice amoureuse des histoires humaines et de leur esthétique. Drôle de mots pour dire qu’avec mes yeux, ma bouche, mes oreilles et ma plume, je raconte des vies de personnes passionnantes comme sources d’inspiration pour certains.

14 réflexions sur “André Blondel Tonleu Mendou : de l’Afrique jusqu’aux portes du Barreau du Québec”

  1. Blondel Andre Tonleu Mendou est un grand Ami d’enfance. Sa passion pour l’art ora­toire a com­mencé quant il était encore a l’école catho­lique saint Michel de Dschang. Apres l’obtention de son Certificat, son père l’inscrit au College Notre dame ou il fait un par­cours sans faute et obtien son Baccalaureat en 2006 la même année que moi. A l’université il s’inscrit en droit et engage une car­rière pro­fes­sionel. Nous l’avons même surnomé « section normale » parcequ’il validait tout ses cours a la section normale sans tou­tefois aller au rat­trage. Ce garçon serieux, honnête, tra­vailleur, res­pec­tueux et tou­jours a la quête de l’excellence

  2. Mes féli­ci­ta­tions mon­sieur Blondel André Tonleu ! je suis très fier de savoir que mon frère du village est un grand quelque part dans le monde. COURAGE MON FRERE ET VAS DE L’AVANT.

  3. Comme c est encou­ra­geant de voir un des notres reussir dans ce domaine ou l on (les immigrants)decouragent beaucoup de s y aven­turer. Il y a de quoi ce dire que rien n est impos­sible au Canada. Cela amene à reflechir lon­guement.

  4. Blondel je suis tres contente pour toi de te savoir si loin pas pour farcer mais pour parler intellect du courage et je sais que tu seras un tres grand avocat integre et juste parcque ce sont ces valeurs que jai garde de toi comme sou­venirs depuis notre sejour au college notre dame a dschang .GOOD LUCK MY DEAR

  5. Bondel tu inspire le courage et la déter­mi­nation. Ton exemple est un témoi­gnage vivante du fait que l’abnégation au travail et l’intégrité sont incon­tes­ta­blement des fac­teurs clés de la réussite. Bon vent frangin

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