Deux hommes à vélo

Enzo et Aymeric : Couple homosexuel qui fait l’éloge de la liberté d’aimer

Temps de lecture : 7 minutes.

Jamais l’un sans l’autre depuis 2010 « même pour aller chercher une ciga­rette ou une bou­teille d’eau ». Coups d’oeil amoureux et sou­rires com­plices, ils aiment la vie, leur travail et les voyages …l’image du couple parfait marié depuis trois ans qui semble savoir ce qu’il veut et c’est très bien pour eux ! Car ils ont des rêves comme tout couple normal. Ils, ce sont Enzo et Aymeric ayant quitté la France pour venir s’installer au Québec. Fraîchement arrivé dans la métropole mont­réa­laise il y a environ dix mois, ce couple homo­sexuel carac­térisé par des convic­tions très fortes nous livre un dis­cours sur leur inté­gration sans faille au Québec.

Quelques minutes de transport et nous voilà avec les tour­te­reaux ! Deux poi­gnées de main ouvrent la voie à la sym­pathie et à l’ouverture d’esprit. Ils ont tous les deux 25 ans, s’empressent d’être ave­nants en disant bonjour, par­tagent plu­sieurs intérêts ensemble et surtout, ne badinent pas avec l’amour. À l’heure où une partie de la modernité actuelle voit comme tabou l’amour entre deux per­sonnes de même sexe, ces deux-​là ne reculent devant rien pour chercher des pos­si­bi­lités d’adoption d’enfant et d’une vie agréable dans un ailleurs sûr et pai­sible. Dans leur pays d’origine, la liberté, la fra­ternité et l’égalité en réalité ne s’appliquaient pas à tous : les démarches admi­nis­tra­tives pour l’adoption étaient her­cu­léennes pour les couples homo­sexuels voulant fonder une famille. Car le désir d’avoir un enfant menait de nom­breux can­didats à l’adoption dans un véri­table par­cours dif­ficile et incertain. Originaires de la Haute-​Savoie plus exac­tement dans la région de Thonon-​Les-​Bains, leur premier passage au Québec de décembre à janvier 2013 n’était que ludique. Mais cette fois-​ci ils ont choisi de s’y ins­taller pour vivre plei­nement leurs libertés : celle de vivre leur amour, de partir et venir sans être jugé, d’adopter un enfant en lui offrant un foyer et un avenir certain. En somme, « la liberté d’être heureux comme tout humain », martèlent-​ils avec énergie.

C’est ainsi que naît l’envie d’épouser le modèle d’intégration canadien

C’est désormais bien connu, le quartier Côtes-​des-​Neiges fait partie inté­grante des places pour vivre les plus sol­li­citées par les immi­grants. L’immersion totale dans ce coin de Montréal a permis à ces rési­dents per­ma­nents non seulement d’y habiter et de côtoyer les nou­veaux arri­vants, mais éga­lement d’y exercer leur emploi dans un salon de thé et bou­lan­gerie. Au nom de la loi d’attraction, les deux se retrouvent à faire de la res­tau­ration malgré leurs par­cours aca­dé­miques dif­fé­rents. Enzo est détenteur de plu­sieurs diplômes en tant que serveur et maître d’hôtel ayant exercé en France et en Suisse. Tandis que son conjoint Aymeric est titu­laire d’un bac­ca­lauréat pro­fes­sionnel pour être pay­sa­giste. Aujourd’hui, Côtes-​des-​Neiges est devenu le lieu par excel­lence pour évoluer dans leur pro­cessus d’intégration. Selon Enzo « c’est l’endroit où ils vivent beaucoup et où ils s’intègrent depuis leur débar­quement dans la pro­vince. Ça repré­sente le Canada et le Québec » affirme t-​il avec enthou­siasme. Sans jamais oublier d’où ils viennent, ils ne tarissent pas d’éloges à l’égard de leur pays d’accueil.

« à la fin nous sommes tous pareils et courons après un seul et même souhait : vivre en paix dans le respect de soi et des autres. »

Chaque nouveau jour qui se lève leur permet de mesurer leur bonheur au quo­tidien. Une semaine seulement après qu’ils aient posé leurs valises sur le sol qué­bécois, ils trouvent du travail dans leur domaine qui est la res­tau­ration, ainsi qu’« un bel appar­tement dans un quartier qui leur plaît », tout cela se passe sans aucune embûche. Leur par­cours qué­bécois n’a connu jusqu’ici aucune frus­tration, ni de pri­vation. Ne connaissant per­sonne à Montréal et pour le souci de socia­liser, ils se sont fait de nou­veaux amis tant au travail que dans leur vie per­son­nelle. Comment expliquer ce phé­nomène qui peut s’avérer parfois rare pour des homo­sexuels ? Enzo et Aymeric ouvrent leur esprit aux gens qui sont éga­lement ouverts d’esprits. Ils ne visent pas au premier chef ceux qui sont comme eux. Mais plutôt, ils s’adaptent à tout le monde, aux dif­fé­rences et acceptent de trot­tiner sur leur bout de chemin avec ceux qui les res­pectent, comme eux le font envers autrui.

Tous autour d’un thé et bou­teille d’eau pendant la ren­contre, l’on réalise après quelques minutes seulement qu’ils en savent énor­mément sur le Canada et semblent avoir le talent pour tout décrire avec une émotion fas­ci­nante : ses pro­duits hors taxes, son archi­tecture, son hiver, ses grosses voi­tures, ses buil­dings, sa bouffe, ses vête­ments moins chers quand ils valent le double du prix en France et inver­sement, sa chan­teuse Céline Dion, bref, « l’Amérique com­parée à l’Europe. Tout est gros ». Ces deux jeunes gens poussent leur admi­ration même dans les petits riens comme un petit parc. Ayant recensé toutes ces choses qui les séduisent au Canada, ce couple se rend compte, au fur et à mesure que le temps avance, qu’ils s’attachent de plus en plus à « leur nou­velle des­ti­nation ».

Enzo et Aymeric : La force tranquille née de la différence

Derrière les décla­ra­tions faites par ce couple au moment de l’interview se cachent la douceur irré­ver­sible de Aymeric et la per­son­nalité assez active de Enzo. Ces deux traits de caractère opposés sont le socle même de leur amour et de leur richesse. À ce propos, Aymeric dira : « C’est la com­plé­men­tarité. Enzo est plus intense, plus carré. Moi je suis calme », et son conjoint d’ajouter : « Il sait me tem­po­riser. Peu importe la situation, je suis beaucoup plus enclin à vouloir abuser. On est un peu comme le Yin et le Yang ». C’est avec évi­dence que ces mariés choi­sissent de montrer que leurs dif­fé­rences les enri­chissent peu importe leur tem­pé­rament, et que ces maximes devraient aussi accom­pagner ceux qui dis­cri­minent à cause de la couleur de la peau, de la situation sociale, des ori­gines, ou de tout autre choix parce qu’ « à la fin nous sommes tous pareils et courons après un seul et même souhait : vivre en paix dans le respect de soi et des autres .»

De confession catho­lique, les deux se réjouissent de vivre dans un pays assez res­pec­tueux du droit à la dif­fé­rence et qui ne dis­crimine pas les homo­sexuels. Du moins, ils sont ravis de voir que cette ani­mosité envers des per­sonnes aimant celles de même sexe ne soit pas très évi­dente par rapport à la situation qui prévaut en France carac­té­risée par des mani­fes­ta­tions anti gai. De même, les craintes qu’ils avaient sur les qué­bécois avant leur pre­mière escapade au Québec se sont révélées être fausses car selon eux, « ce sont des gens gentils et ouverts d’esprits ».

Enzo et son conjoint semblent vivre un conte de fées canadien, et avec raison, ceci en vertu de la poli­tique qué­bé­coise de lutte contre l’homophobie. Cette der­nière leur accorde de ce pas plu­sieurs droits fon­da­mentaux notamment celui qui autorise l’inscription des noms de deux mères et de deux pères sur l’acte de nais­sance de l’enfant. Une mesure qui apaise lar­gement ce jeune couple. Néanmoins, le tableau général de l’expérience cana­dienne que brossent ces jeunes per­sonnes n’a pas tou­jours été aussi doré dans le passé. Alors que la dis­cri­mi­nation envers les per­sonnes homo­sexuelles bat son plein dans leur pays d’origine, ils se voient dire toutes sortes de paroles peu élo­gieuses du genre : « vous irez tous en enfer » ou encore des remarques sur leur inap­titude à accoucher d’un enfant. Toutes ces paroles qua­li­fiées de « méchan­cetés gra­tuites » par Enzo, jalonnent leur vie certes, mais ne sont jamais par­venues à les désta­bi­liser, les amener à baisser les bras ou à les décou­rager de s’aimer.

Le fait qu’Aymeric et Enzo choi­sissent de parler de leurs par­cours et expé­riences est un cri, un appel à la tolé­rance, à la liberté de tous les humains quels qu’ils soient. Ils sont conscients que l’homophobie existe et qu’elle est une plaie béante qui pourra guérir seulement par le dia­logue et la tolé­rance. Leur défi d’intégration au Québec est relevé avec brio, ils en sont fiers et conti­nuent de s’émouvoir face à toute nou­velle décou­verte. À ceux qui ont peur d’afficher leur homo­sexualité, ils les exhortent d’avoir le courage de le faire et de le dire au moins aux gens de confiance, comme ce fut le cas pour eux avec leurs familles res­pec­tives qui ont bien reçu la nou­velle. La détes­tation pour ces per­sonnes de même sexe ayant des sen­ti­ments l’un pour l’autre pourrait être assi­milée à l’une de ces innom­brables illus­tra­tions de tout ce qui dépasse l’entendement humain. À la question de savoir à quel moment ils ont su qu’ils n’étaient pas attirés par les filles, Aymeric et Enzo ont répondu can­di­dement tous les deux au même moment : « depuis le bas-​âge ». Face à cette réponse donc, peut-​être l’occasion de se poser la question sui­vante : pourquoi s’encombrer d’interminables couches de cri­tiques, de juge­ments, d’insultes face à ce que l’Homme n’a pas crée ? Sans doute, encore l’une de ces ques­tions dif­fi­ci­lement réso­luble à l’instar des trois ques­tion­ne­ments du célèbre Peintre postim­pres­sion­niste Paul Gauguin : D’où venons-​nous ? Qui sommes-​nous ? Où allons-​nous ? Encore là, le débat risque de ne pas être une règle générale et reven­diquer la diversité.

Quelques pépites sur Enzo et Aymeric

  • Leur pâtis­serie pré­férée : Aymeric : la tarte aux pommes de sa grand-​mère. Enzo : la reli­gieuse au café.
  • Les sujets qui leur tiennent à cœur :  Enzo et Aymeric : le respect, l’amitié, la famille, chacun pour l’autre, le Québec. Enzo : en plus de sa sœur.
  • Leur chan­teuse pré­férée : Céline Dion.
  • Leur fes­tival préféré : Le fes­tival juste pour rire (surtout pour Aymeric).
  • Les avan­tages de tra­vailler en couple dans une même place : Leurs regards se parlent et se com­prennent. Ils sont capables de rester pro­fes­sionnels.
  • Leur livre préféré : Le Seigneur des anneaux (pour Enzo).
  • Le plus taquin : Alternance entre les deux. Ça dépend des jours.
  • Leur style ves­ti­men­taire : Classique.
  • Les places qu’ils aiment visiter à Montréal : Le parc Jean-​Drapeau sur les bancs publics et L’Oratoire Saint-​Joseph et ses nom­breuses marches. Ces deux places offrent l’une des plus belles vues sur la ville de Montréal.

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Publié par

Christelle De Bougha

Journaliste intervieweuse et rédactrice amoureuse des histoires humaines et de leur esthétique. Drôle de mots pour dire qu’avec mes yeux, ma bouche, mes oreilles et ma plume, je raconte des vies de personnes passionnantes comme sources d’inspiration pour certains.

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