Photo de Nadine Francillon

Nadine Francillon : Une arme d’éducation massive pour les enfants pauvres

Temps de lecture : 8 minutes.

Bouleversée par l’indigence criarde des enfants non sco­la­risés dans le monde, celle qui est à la tête de Stationnement Safeway Canada Limitée – une entre­prise fami­liale qui s’occupe de la gestion de par­kings urbains – consacre aussi une partie de son temps à trans­former agréa­blement la vie de plus de 2000 petites filles et petits garçons en proie à la pau­vreté et à la vul­né­ra­bilité. Un objectif qu’elle essaie d’atteindre grâce à la Fondation Voix Angélique, un orga­nisme à but non lucratif appelé aussi Fova Internationale créé le 1er sep­tembre 2006. Une orga­ni­sation faite d’amour, de foi, de partage et de dévouement entière dans les pays tels que le Canada, Haïti, le Sénégal, le Maroc, la Tunisie, le Burkina-​Faso, tous sous l’égide de cette femme d’affaires d’origine haï­tienne venue à Montréal en février 1991 à l’âge de 17 ans pour étudier. Nadine Francillon a ainsi ouvert la voie à une œuvre phi­lan­thro­pique reven­di­quant « l’accès à l’éducation, à la sécurité et aux sup­ports néces­saires à l’épanouissement » de ces mômes qui, parfois, ne voient que l’obscurité comme seul avenir. De façon suc­cincte, elle se sent investie d’une mission qui se veut d’accorder le bien-​être aux autres.

Son éternel et grand sourire, son énergie à revendre semblent plus grands que le désarroi des gamins pour les­quels elle s’adonne dans sa fon­dation. Deux petits yeux dans sa bonne figure restée enfantine et natu­relle, ses joues et son corps à la mesure de ce qui pourrait s’appeler la grâce. La bouche, tou­jours en per­pé­tuelle envie d’être encadrée par un sourire. C’est sans doute pour cette raison que même dans son enthou­siasme et ses éclats de rire, Nadine Francillon n’oublie pas ses prio­rités, son amour profond pour ses enga­ge­ments. Du lundi au jeudi, elle est direc­trice générale de Stationnement Safeway Canada Limitée, le reste du temps est voué à sa fon­dation qu’elle considère comme étant « l’accomplissement dont elle est le plus fière, dis­tri­buant des effets sco­laires et le bien-​être aux tout-​petits. » C’est une femme assez solide qui ne perd pas ses plumes puisqu’en plus de tout ça, elle tient aussi le volant d’une maison de pro­duction de musique Gospel. Avec toute cette énergie, le moteur Diesel peut aller se rha­biller ! Car malgré le nombre de ses occu­pa­tions elle s’assume et « s’amuse, dira t-​elle joyeu­sement, parce que la passion est là. »

Photo de Nadine Francillon avec les enfants de la fondation
Nadine Francillon et les enfants de la fon­dation.

Elle passe en revue, et de manière sereine, sa col­la­bo­ration avec son époux dans la société de sta­tion­nement. Ensuite, il est grand temps pour elle de montrer un air très convaincu que « tous les enfants sont des princes et prin­cesses qui méritent tout le bonheur du monde, et parce que c’est un cadeau du ciel. » Outre le fait que cette femme géné­reuse, vaillante et com­bative offre une vie meilleure aux enfants depuis 2006, il importe ici d’affirmer que sa vie a tou­jours été bercée par un besoin irré­sis­tible de venir au secours des plus démunis, d’aimer les gens, leur parler en leur trans­mettant son opti­misme et sa bonne humeur. Prenez garde de ne pas ren­contrer son chemin, elle vous volera à coup sûr un sourire ! Un ange ou tout sim­plement Nadine Francillon ? Peu lui importe, elle « accomplit sa mission. »

La Fondation Voix Angélique (FOVA) : L’éducation comme une arme efficace pour lutter contre la pauvreté et une empreinte dans la vie de plus de 2000 jeunes âmes

 Nadine Francillon regroupe dans une seule et même case ces petits gestes qui donnent de la dignité à l’enfant et le ren­dront autonome à l’avenir : « être propre et bien vêtu malgré le fait d’être dans une famille pauvre, aller à l’école, être brave en affrontant des défis quels qu’ils soient, savoir donner son opinion sur un sujet donné, connaître et vivre la notion de combat, per­sé­vérer, rester positif et objectif… » En tout cas, cette pensée a du bon ! Parce qu’en matière de dignité, la présidente-​fondatrice leur en offre sur un plateau en or.

« ne pas pouvoir vivre sans les enfants »

La FOVA surfe sur un terrain assez sal­vateur et précis en matière d’aide à ses enfants. Ainsi donc en Haïti en l’occurrence, elle s’assure que tout est à sa place : que les écoles soient construites et la sco­larité gra­tuite, que les pro­fes­seurs soient payés à leur juste valeur, que les enfants soient bien encadrés et épa­nouis à un plus haut point sur les plans sco­laire, social, culturel… et prêts à passer le flambeau à leurs cama­rades pour une bonne relève. Évidemment, les pro­fes­seurs sont payés et les écoles gra­tuites en raison du fait qu’elle sub­ven­tionne les écoles où elle est.

Photo de Nadine Francillon en entrevue avec Christelle De Bougha
Nadine Francillon au micro de Christelle De Bougha.

Celle qui avoue « ne pas pouvoir vivre sans les enfants » crée des infra­struc­tures pour leur avenir, mais pense éga­lement étendre cette phi­lan­thropie en leur pro­curant de pré­cieux outils aidant à ren­forcer leur connais­sance du monde. En plus donc d’étudier, les petits habi­tants de la Fondation Voix Angélique ont droit à des biblio­thèques dont les livres peuvent aussi être fournis par des dona­teurs, à l’exemple de la maison « Édition Grand Duc » à Montréal. De même, les concours édu­catifs que la FOVA organise ras­semblent parents, ensei­gnants et élèves, une manière par­ti­cu­liè­rement riche qui fait dire que pour qu’une édu­cation éclaire un gamin, il faut la par­ti­ci­pation incon­tour­nable de toutes les per­sonnes concernées et envi­ron­nantes.

« J’ai fait une ren­contre avec une reli­gieuse qui a tout changé et c’est ce qui fait de moi ce que je suis. C’est un moment assez mar­quant qui a changé ma vie »

Parmi ces moyens mis en place pour pro­curer du plaisir aux enfants en dehors de l’école, l’on notera aussi la pré­sence des camps d’été. La raison en est simple : un an après le ter­rible trem­blement de terre de 2010 dans son pays natal, Nadine ne voulait aucu­nement que les enfants cèdent à la tris­tesse et à la morosité de l’instant. Le che­mi­nement vers le bonheur total passait donc dans ce cas par la création des camps d’été parce que ces der­niers per­mettent de « visiter le pays de pro­vince en pro­vince, de nouer de nou­velles amitiés, de faire des acti­vités spor­tives, de visiter des sites nou­veaux ». L’insertion des concours de lecture sont encore en étude au Burkina-​Faso et au Sénégal. En revanche, ces concours sont déjà orga­nisés en Haïti et au Maroc. Dans ce dernier pays, l’effroi est à son comble lorsque Nadine constate l’absence de blocs sani­taires dans les écoles, du coup elle en fait construire pour leur bien-​être. Ce sont là quelques œuvres que les enfants pauvres retiennent de cette « grande dame » comme l’avait prédit la Sœur Monique, sa direc­trice d’école pri­maire en Haïti.

« Tu vas être une grande dame, Nadine. Je crois en toi. Je sais que tu vas te rendre loin. Tu dois travailler fort. »

 La géné­reuse sim­plicité faite de per­sé­vé­rance que démontre Nadine est éga­lement équipée de quelques noms ins­pi­rants qui ont marqué les Hommes : La Sœur Monique, Dorothée Alexandre, Michelle Obama, Oprah Winfrey, Thomas Sankara, chaque per­sonne, des jeunes qui se battent…

La des­tinée de cette humble femme forte se passe non sans embûches. Mais une chose est sûre, elle ne troque en aucun cas ses valeurs. Elle reste intègre et embrasse fort la raison de son être parce qu’elle en est tota­lement convaincue. « J’ai fait une ren­contre avec une reli­gieuse qui a tout changé et c’est ce qui fait de moi ce que je suis. C’est un moment assez mar­quant qui a changé ma vie », dit-​elle amusée.

« Tu vas être une grande dame, Nadine. Je crois en toi. Je sais que tu vas te rendre loin. Tu dois tra­vailler fort. »

Née dans un contexte où les petits mal­heurs et bon­heurs étaient faits pour lui insuffler un courage hors-​norme et une déter­mi­nation légen­daire, cette figure de l’intégration est obligée de grandir sans sa mère et sans le confort approprié à un enfant de son âge. Malgré tout, elle demeure dis­po­nible pour aider des enfants moins jeunes qu’elle. Elle est très stu­dieuse car chez les reli­gieuses on ne badine pas. L’instruction y est rigou­reuse et stricte. Face à cela, l’adolescente sait s’attacher à l’essentiel. Voilà qu’elle tombe sur une reli­gieuse au nom de Sœur Monique durant son cursus pri­maire. Près de cette autorité, Nadine se fait dire « Tu vas être une grande dame, Nadine. Je crois en toi. Je sais que tu vas te rendre loin. Tu dois tra­vailler fort. » Ceci lui donne enfin de la valeur. La Sœur Monique lui faisait confiance avec les tâches qu’elle lui attri­buait. La future entre­pre­neure est res­pectée, motivée. Elle nage dans une édu­cation for­tement reli­gieuse et humaine. Grâce à toutes ces remarques for­mulées par son mentor, elle veut désormais lui res­sembler. À ce propos, elle confiera « que quand je serai grande, je vais faire que chaque enfant se sente important comme je l’ai vécu avec Sœur Monique. Je me suis sentie spé­ciale. »

Photo de Nadine Francillon

Pendant ses cours au bac­ca­lauréat en soins infir­miers, Nadine fait une escapade en Afrique venant la conforter dans sa décision de donner au suivant : de nom­breux enfants n’ont aucune place dans leur société mais rêvent d’avoir la chance d’étudier. Quelle sur­prise lorsque Nadine et trois de ses amis se réunissent pour concré­tiser ce rêve !

« la base de tout dans une société »

L’histoire de cette citoyenne cana­dienne n’a rien d’un film à l’eau de rose. À force de mettre des kilo­grammes d’efforts dans son quo­tidien, de patience, de vaillance et de déter­mi­nation, rien ne lui a été impos­sible. Sur le plan aca­dé­mique, elle ouvre donc la voie à l’obtention de son Baccalauréat (Licence dans le système édu­catif français), à un par­cours pro­fes­sionnel en santé, et enfin à une mai­trise en admi­nis­tration.

Les bonnes vieilles méthodes veulent que celui qui tra­vaille avec brio puisse recevoir une récom­pense à sa hauteur. En effet, Nadine reçoit entre autres : le Prix de la Femme ins­pi­rante en tant qu’entrepreneure, fina­liste au Concours Prix Femmes d’affaires du Québec, Prix d’implication sociale, Prix hono­ri­fique pour son impli­cation au sein de la com­mu­nauté, Entreprise cham­pionne de la diversité car jus­tement on trouve de toutes les natio­na­lités dans les locaux de Stationnement Safeway Canada : elle-​même Haïtienne, son « époux Juif » comme elle aime à dire en rigolant, des Arabes, des Québécois, des Africains…

« tout sim­plement Nadine Francillon. »

Amoureuse de tout ce qu’elle entre­prend de faire, de sa fon­dation, de ses enfants consi­dérés comme « la base de tout dans une société », la fondatrice-​directrice générale de FOVA achète un ticket à vie pour ces petits êtres qui n’attendent le plus souvent qu’une main tendue venant des adultes. En appro­chant la Sœur Monique, elle a enfin caressé des mots d’attention et d’encouragement, de valo­ri­sation, de combat, de réussite, des mots qu’elle a traqués toute sa vie d’adolescente sans jamais les entendre si ce n’est dans la bouche de cette reli­gieuse. Et main­tenant, il est temps pour elle de remettre le flambeau à ces petites filles et petits garçons qui seront, peut-​être, qui sait ? des pré­si­dents, des direc­teurs, des avocats, des déci­deurs bourrés d’histoires, et généreux sans doute. Et ce jour-​là sera alors la vraie fierté de cette femme d’affaires. Non Mère Teresa, mais « tout sim­plement Nadine Francillon. »

Quelques pépites sur Nadine

  • Les mots qui vous défi­nissent le plus : Joyeuse, intègre, heu­reuse, pas­sionnée.
  • Avez-​vous l’impression d’être une sorte de Mère Teresa ? Non, je suis Nadine.
  • Comment voyez-​vous le monde sur le plan édu­ca­tionnel ? Ça va mal.
  • Quand vous aidez les enfants, est ce pour l’humanité, pour ces enfants ou pour vous ? C’est pour un len­demain meilleur parce que j’y crois. Donc, je dirais juste que c’est pour l’humanité.
  • Quelle est l’image qui vous a le plus marquée dans votre inter­action avec ces enfants ? Leur sourire. Quand je suis fâchée, leur sourire sait me fait oublier.
  • Et si tous les enfants étaient sco­la­risés, que feriez-​vous ? Il y aurait tou­jours quelque chose à faire.
  • Qu’est ce qui vous plaît le plus dans vos actions ? Le fait de savoir que dans 20 ans, je vais avoir des enfants influents et qui ont réussi. Je serai une mère comblée.
  • Quelle est la place de la religion dans le cadre de vos acti­vités ? C’est tout ce qui me guide dans la vie.
  • D’après vous, à quoi pourrait se résumer le bonheur d’un enfant dans votre fon­dation ? C’est de dire qu’il y a une per­sonne qui pense à nous, qui tra­vaille pour nous et qui veut notre bonheur.
  • L’accessoire que vous gar­derez avec vous si tout venait à dis­pa­raître ? La Bible.
  • Si vous étiez une sainte, quelle serait-​elle ? La Vierge Marie parce qu’elle a porté le Seigneur.
  • Que seriez-​vous dans une autre vie ? Moi. J’aime ma vie.
  • Auriez-​vous voulu être une artiste ? Je suis une artiste. Je forme les enfants.
  • Qu’est ce qui vous fait sourire faci­lement ? Les gens comme toi. Tu vois ? Je te parle puis je souris.
  • Vous arrive t-​il souvent de vous énerver ? Oui je m’énerve devant l’imbécillité des gens mais je ne laisse pas cela paraître.
  • C’est quand la der­nière fois que vous avez ri aux éclats ? Maintenant (Éclats de rire)
  • Un mot pour conclure ? Souriez à la vie parce que peu importe, la vie est belle !

Partagez cet article :

Publié par

Christelle De Bougha

Journaliste intervieweuse et rédactrice amoureuse des histoires humaines et de leur esthétique. Drôle de mots pour dire qu’avec mes yeux, ma bouche, mes oreilles et ma plume, je raconte des vies de personnes passionnantes comme sources d’inspiration pour certains.

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *