Consultez un vieux, 25¢

Réjean Vanasse conseillant des élèves.

Réjean Vanasse : un vieux qui donne un morceau de lui à la postérité

Temps de lecture : 5 minutes.

Vieux n’est pas for­cément synonyme de déglingué ou gaga ! « Les détes­tables », Yvon Deschamps, Réjean Vanasse ont des choses en commun : ils sont des vieux, aiment la vie et les gens. Les uns ont choisi le rire pour com­mu­niquer et trans­mettre leur savoir tandis que l’autre offre aux ado­les­cents des consul­ta­tions pour 25 cents. Ceci dit, les jeunes semblent bien ras­surés en pré­sence de celui qui se fait appeler « le Vieux ».

Vous est-​il déjà arrivé de tomber sur un « Vieux » qui a ce je-​ne-​sais-​quoi de mys­té­rieux ? Charme, humour, sagesse et phi­lo­sophie, voilà des mots qui résument bien Réjean Vanasse. À 78 ans et pesant 110 kilo­grammes, ce natif de Montréal a un âge qui ne paraît guère. Le pré­sident du conseil d’administration du 3e âge au Collège de Maisonneuve partage avec enthou­siasme et amour ses expé­riences de la vie avec les jeunes cégé­piens. Fervent militant pour l’éducation, il se sent à la bonne adresse et vient au secours de ces gens-​là qui se sentent dans le besoin par le partage de son vécu : « J’aime la vie et j’ai du plaisir à la vivre, mais il faut que tu par­tages » se confie tout dou­cement celui pour qui la notion de la vie est indis­so­ciable avec le partage, autrui et bonheur.

L’artillerie douce du « Vieux »

Dans cer­taines situa­tions, il arrive que l’image soit plus per­cu­tante que la parole elle-​même. Lorsque les portes du Collège de Maisonneuve s’ouvrent, rien de plus normal que d’y trouver : étu­diants, pro­fes­seurs, café­térias, bureaux. Mais lorsqu’on y pousse plus loin le regard, la carrure impo­sante de ce géant ne peut pas rater l’objectif de celui qui veut voir Réjean Vanasse. Arborant deux mètres de hauteur, il est facile de penser que ce per­sonnage a de tout pour attirer l’attention des ado­les­cents, parce que sa taille, à elle seule, fait de lui un colosse et cela fascine beaucoup les étu­diants.

Son « petit jardin tran­quille » converti en lieu d’écoute est composé : d’une chaise, d’une table en bois et d’un écriteau où l’on peut lire « consulter un vieux 25 cents ». Mais l’intrigue ne s’arrête pas là.

Situé dans l’agora prin­cipale du collège où les élèvent passent et repassent, l’accessoire naturel de taille qu’utilise cet aîné est son charme incon­tes­table car c’est le com­plice de plu­sieurs élèves. « Il est très sym­pa­thique comme vieux, il nous écoute et blague avec nous comme s’il était de notre géné­ration », explique alors Charles un élève du dit cégep.

Toujours accueillant, il ne promet non l’impossible mais une oreille attentive.

Ici Réjean, j’écoute !

Pour Éric Pirro, ce que fait le vétéran est très inno­vateur : « être près des jeunes, moi je trouve ça ori­ginal ». De même, ce psy­cho­logue attitré du collège de Maisonneuve depuis près de 14 ans estime que Monsieur Vanasse n’essaie pas d’être un psy­cho­logue mais qu’il est tout sim­plement « une boule de fraî­cheur créant le pont entre les deux géné­ra­tions », et qu’en plus, les col­lé­giens se sentent plus libres, plus ouverts avec lui car, l’exercice est informel et moins exi­geant, plein d’humour et de com­plicité.

Selon les données de Santé et Services Sociaux Québec, 1000 appels sont logés dans les centres jeu­nesse du Québec chaque année. Il devient dont essentiel de pro­mouvoir cer­taines mesures pour mieux pro­téger les ado­les­cents contre d’éventuels pro­blèmes de santé ou relatifs à leur avenir.

Et pour ce, Réjean fait de son mieux. Marié et père de trois enfants, même s’ils sont grands, il est conscient que la jeu­nesse a aussi de grands et petits tracas tout comme les adultes. Cet homme n’oblige per­sonne à venir le voir : « C’est les jeunes qui viennent me voir. Je leur dis que je suis vieux. Ayant eu des enfants, je com­prends leurs angoisses mais je ne leur promet pas la sagesse », men­tionne t-​il avec sourire.

Malgré l’arthrite qu’il traine depuis des années, il s’accroche à la vie ; et parce que les col­lé­giens aiment sa pré­sence, cet accro du jazz continue son chemin et croit en ses convic­tions tel un ruisseau dont rien ne pourra empêcher ses eaux de tomber dans l’océan.

Jour après jour, il éprouve du « plaisir à le faire car ça lui donne un sen­timent d’appartenance » et ça lui « montre qu’il appar­tient encore à ce monde-​là », s’exclame t-​il tou­jours avec un brin d’humour.

Dans ce « Vieux », il y a un grand-​père

« Il y a 30 ou 40 ans, les per­sonnes âgées étaient consi­dérées comme la trans­mission. Nos grands-​parents vivaient avec nous. Toute décision à prendre était consultée par eux », affirme Thérèse Dhubé. Selon l’amie de Réjean, la jeune géné­ration est très brillante surtout avec la pro­li­fé­ration de nou­veaux gadgets élec­tro­niques. Mais ce n’est pas complet pour affronter l’avenir. Un guide est néces­saire pour leur par­faite crois­sance, car il évalue mieux les dangers de manière réa­liste grâce à leur expé­rience, à leur com­pré­hension et leur par­faite mai­trise des rela­tions humaines. Ces ado­les­cents viennent voir le « vieux » en raison de cette soif d’être écoutés et guidés.

Aline et Nicolas, étu­diants du cégep plaident pour le rap­pro­chement avec les per­sonnes âgées car elles sont une source d’enrichissement. Et à ce titre, ils affirment res­pec­ti­vement : « Je ne suis pas sûre que tout le savoir se trouve dans les livres. Moi je veux connaître l’histoire de mon pays et un vieux est capable de détails très inté­res­sants », « Je suis impres­sionné par un ancien qui blague avec les jeunes. Moi, je lui ai demandé le secret des couples qui durent 30 ou 40 ans. Puisque c’est son cas, c’est plus facile d’en être convaincu que sur internet ».

Un grand-​père que cer­tains n’ont pas eu, qui se trou­verait à des mil­liers de kilo­mètres, ou même ce parent à qui l’on se confierait sans être jugé ou qui ne serait aucu­nement com­plaisant, c’est le cas de cer­tains d’étudiants. Pour d’autres jeunes, une fine obser­vation récur­rente repose sur les notions de beauté et de chi­rurgie esthé­tique à une époque où « être vieux est mal » pour des entre­prises qui courent après une belle image de jeu­nesse éter­nelle. Cette caté­gorie de jeunes exprime sans cesse sa peur de vieillir et se ques­tionne si la trans­for­mation phy­sique apporte le bonheur, en s’approchant du « Vieux », ce dernier essaie de démys­tifier cette étape de la vie, leur dire qu’elle n’est pas « conta­gieuse ». Restant fidèle à ses prin­cipes, il leur propose une panoplie de « pos­si­bi­lités » pour leur per­mettre de faire des choix en toute liberté, pour sti­muler leur réflexion.

M.E.R.C.I, cinq lettres qui valent de l’or au final

C’est la faute à la lit­té­rature si Réjean est devenu l’ami des étu­diants. Amateur de livres, sa vie bascule grâce à Charlie Brown écrit par Charles M Schulz. En s’inspirant du per­sonnage de Lucy dans l’oeuvre, il a pensé a une stra­tégie qui était celle d’inclure les ado­les­cents du collège dans cer­taines acti­vités du groupe les « Philomanes » – groupe formé par les retraités débattant de phi­lo­sophie, la vie, et autres – et de là naîtra l’idée de « consulter un vieux pour 25 cents » qui est une par­faite illus­tration de l’intergénérationnel c’est-à-dire des échanges entre les géné­ra­tions.

La pièce de 25 cents reste sym­bo­lique puisque l’argent contribue à la col­lecte des gui­gnolées du cegep. Le Vieux connaît des récom­penses très variées, récom­penses qui sortent de l’inattendu et de l’agréable : tel jour c’est un sourire, et tel autre jour c’est un grand merci.

Publié éga­lement sur

AfrikCaraibMontreal

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Publié par

Christelle De Bougha

Journaliste intervieweuse et rédactrice amoureuse des histoires humaines et de leur esthétique. Drôle de mots pour dire qu’avec mes yeux, ma bouche, mes oreilles et ma plume, je raconte des vies de personnes passionnantes comme sources d’inspiration pour certains.

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